Femundlopet 400 2010 avait
parfaitement bien commençé pour mes 8 amis et moi, peut-être un peu trop bien, même ...
Partis à 12h44 en 36ème position de Roros, on n'arrêtait pas de doubler des équipes étapes après étapes .
Arrivés à Tufsingdalen, le premier check-point ( environ 5h30 plus tard, il était donc 18h13 ) , 70 km après le départ, on était en 21 ème position .
A 2h20, à Drevsjo, 65 km plus loin, on était en 23ème position, avec une équipe toujours au top .
A Sovollen, situé à 205 km du départ, on était 18èmes, en pleine forme, malgré les seulement 4 h que j'avais eu le temps de dormir depuis le départ ( avec les soins que les mushers
doivent donner à leurs équipes afin de leur permettre de récupérer au maximum et ainsi repartir dans les meilleurs conditions : retirer les bottines, faire un lit de paille aux
athlètes à 4 pattes afin qu'ils se reposent dès leur arrivée , et ce le plus longtemps possible avant de repartir pour des étapes allant de 30 à 100 km sur cette course, faire chauffer l'eau afin
de les nourrir, etc ... ) Puis, une fois tout ceci effectué, il reste au musher à prendre son repas et aller dormir quelques heures avant de les préparer à nouveau et repartir vers l'étape
suivante .
Mais, c'est entre Sovollen et Tynset que tout s'est corsé ...
Pas personnellement pour mon équipe ou pour moi, non, nous continuions sur notre lançée, toujours en grande forme, motivés comme jamais, et en route vers le top 15 !!!
Ce sont les lampes frontales qui ont décidé de me jouer des tours lors de cette étape de nuit . Celle que j'utilisais depuis le début n'avait plus de piles, donc je sors celle que j'avais de
secours ( avec des piles neuves bien entendu ) et conservée au chaud contre moi, dans mon gilet, le tout bien au chaud dans ma doudoune afin de ne pas faire perdre d'énergie aux piles (
neuves ) qui n'aiment pas le froid . Et cette bon-sang de frontale a fonctionné 5 minutes, et un mauvais contact situé au niveau du bouton l'a rendue inutilisable !! Elle ne voulait pas s'allumer
!! J'ai alors sorti la troisième que j'avais dans ma poche, mais cette lampe n'était pas faite pour éclairer loin, c'est une frontale que j'utilise aux check-points quand je m'occupe des chiens,
elle n'éclairait même pas jusqu'à mes chiens de tête ! Et j'ai dû faire toute l'étape avec celle-là !
Ce n'était pas la première étape de nuit, non . Quasiment toutes les étapes se déroulaient entre jour et nuit, on était habitués à courir aussi bien à la lumière du jour que dans
l'obscurité, quel que soit le terrain ( et mon équipe et moi totalisions entre 2000 et 3000 km d'entrainement donc on avait eu plus que l'occasion de courir en pleine nuit ) .
Tout s'était parfaitement bien passé jusqu'à ce qu'on se mette à croiser des équipes en sens inverse, sur la rivière gelée !!! Là, je me suis demandé si je n'avais pas fait une erreur
quelquepart, la fatigue aidant car il était environ 2h00 du matin . J'arrête donc un équipage, un norvégien ( un des rares à nous avoir doublé depuis le début de la course,
ils ne seront que 4 à avoir réussi à nous dépasser tout au long des 400 km de course ! ) je lui demande si je suis à l'envers, enfin ce qu'il se passe, et il me répond en anglais : "
non, non t'inquiète, y a pas de problème, c'est juste un peu plus loin sous le pont, tu fais demi-tour et tu reprends la piste dans le même sens que moi , salut ! "
Bon ... je m'arrête un peu avant le pont, je regarde à droite, à gauche, rien . Je ne comprenais pas . je redémarre mon équipe pour m'avancer un peu plus et essayer de comprendre,
mais rien à faire . Je ne comprenais pas où aller, et les chiens non plus visiblement !
Maintenant je sais ! Ma frontale n'éclairant pas assez loin, je n'ai pas vu les batons à droite indiquant de tourner là et de monter la butte qui menait au check-point de Tynset, situé seulement
... 400 mètres plus loin !
J'ai donc laissé les chiens de tête faire ... ne sachant moi-même que faire ! Et eux non plus n'ont pas trouvé la piste à droite, mais en ont suivi une, juste en dessous du pont ( une trace
de moto-neige ) qui faisait un demi-tour et repartait en sens inverse !
On a donc continué notre chemin à un bon rythme, et c'est à mon arrivée à Tolga ( alors que je pensais arriver à Tynset situé 27 km avant ) que je me suis rendu compte de la terrible erreur qui
allait me coûter tellement cher au niveau du classement !
J'arrive enfin au check-point tout content ( enfin ca m'avait quand même paru bien long ces 60 km, et pour cause, on en avait parcourus 90 !!! ) le gars me tend un papier sur lequel est
inscrit l'heure à laquelle j'ai le droit de repartir après les 8h00 de repos obligatoires, je lui réponds que j'ai déjà pris mes 8h00 obligatoires à Sovollen, et que je prendrais les 8h00
suivantes à Tolga . Il me dit :" mais on est à Tolga ! " et moi, : " on n'est pas à Tynset ? ................ Je venais de comprendre, et lui aussi, l'ENORME erreur que j'avais fait 3h00 plus
tôt, sous ce pont ! Il me dit :" si tu n'as pas signé à Tynset, tu risques d'être disqualifié ! " Le pire, c'est que je suis arrivé à Tolga 1h30 plus tôt que l'heure prévue par ketil pour
mon équipe et moi à Tynset !!! On avait tourné comme des avions, mes 8 amis et moi, surtout que l'étape Tynset-Tolga est une partie de seulement 30 km mais extrêmement physique et difficile,
avec une succession de véritables murs à monter en poussant carrément le traineau car les chiens ne pouvaient pas le tirer tellement c'est raide certaines fois ! Dons une étape pour nous, on
tenait une telle forme !
Ne sachant pas ce qui allait m'arriver, je suis allé garer mon équipe à l'endroit prévu, où je me suis retrouvé à côté du gars que j'avais croisé sous le pont . Je lui raconte ma mésaventure, lui
demande à quelle distance se trouvait le pont du check-point où on s'est croisé, et il me répond : " 400 mètres !!! " Il faisait nuit heureusement, car sinon il aurait vu mon visage changer
de couleur, je pense ... Disqualifié pour 400 mètres ! Et il me dit, si tu as besoin de quelqu'un pour témoigner que tu es bien allé jusqu'au pont, tu me fais signe !
Je suis donc allé parler de tout ca à un officiel, qui me répond qu'il doit s'entretenir avec le directeur de course, car il ne peut pas prendre de décision seul . Il me dit :" va prendre
soin de tes chiens et je te tiens au courant " . Alors je suis allé m'occuper de mes amis et dormir une heure, en vrac sur une table, en attendant des nouvelles .
En me réveillant, pas de nouvelles, donc je pars à la recherche de cette officiel, que je trouve et qui me dit :" le règlement est le même pour tout le monde, je sais c'est dur, il m'est arrivé
la même chose : tu vas être disqualifié car tu n'as pas signé à Tynset !!! " Et là, après une seconde de réflection, je lui réponds : " JE N'ABANDONNE PAS ! Je retourne à
Tynset, je vais signer et je reviens ! " . Le gars, un peu abasourdi, me dit :" ok, alors prépare ton équipe et je t'attends sur la ligne d'arrivée, on va te faire repartir à l'envers d'ici
10 minutes ! "
Et c'est ce que j'ai fait, sous leurs yeux ébahis, car plus d'un aurait abandonné sachant l'extrème difficulté de ce parcours !
Et en effet, ca a été dur ! Psychologiquement parlant dans la descente, d'ailleurs je pleurais sur le traineau lorsque j'ai rencontré éric Martinez , tellement déçu de passer à côté du top 15
qu'on avait certainement atteint . Et physiquement parlant lors de la deuxième ascention de ce maudit parcours où j'ai dû changer je ne sais combien de fois de chiens de tête car ils ne s'étaient
reposés que 3h00 ( et moi 1h00 ) alors que notre " spéciale " Sovollen-Tolga avait duré 7h30 d'efforts ! Les pauvres ne voulaient plus avancer. A plusieurs reprises, j'ai dû
marcher devant eux pour les motiver, et je me disais : " à ce rythme là, on va mettre des heures ! " Mais je me suis dit aussi que peu importe le temps qu'on mettrait, et tant pis si je
devais marcher 15 km devant les chiens, mais on finirait par y arriver à Tolga ! Je n'abandonnerai pas ! C'est ca la course de longue distance !
On s'est même permis le luxe de doubler une équipe ( donc un des derniers au classement général ) lors de notre deuxième passage dans ces murs !
Et après un peu plus de 3h00 d'efforts, on a fini par arriver à Tolga, félicité par tous ceux qui étaient là : Stephanie la copine de JPP, accompagné d'Alex, qui fait partie de notre
petite communauté française et les officiels du check-point qui m'ont dit que j'étais un véritable " SPORTMAN " !
Là, on a donc pris nos 8h00 de repos obligatoires ( j'ai réussi à en trouver environ 4 pour dormir ) ) , et on est repartis vers minuit, suivi de quelques minutes par JPP qu'on n'a pas revu
avant la ligne d'arrivée, quelques 9h30 plus tard, la dernière étape ne faisant pas moins que ( cerise sur le gateau ) 95 km !
C'aura vraiment été une sacrée première fois, sur cette course !
Ma " prestation " a fait plus ou moins le tour de tous les coureurs, mais le grand moment a été lors du banquet .
En effet, j'ai raconté ce qui m'était arrivé à ma table, lors du repas, et un des mushers qui se trouvait là a tellement halluciné sur le fait que je sois retourné signer sachant l'extrême
difficulté du parcours, qu'il m'a demandé si il pouvait voir mon trophée ( c'était pour noter mon nom ) , je l'ai compris quelques minutes plus tard lorsqu'il est monté au micro raconter
brièvement ce que j'avais fait et m'a demandé de monter sur la scène, devant tous ces excellents mushers, pour que je raconte au micro, ce qui m'était arrivé ! Et là j'ai reçu une salve
d'applaudissements qui m'a fait chaud au coeur, je dois dire !
J'ai donc fini cette course avec une équipe de 7 chiens ( sur 8 ) en pleine forme à la ( malheureusement ) 48ème position, avec les félicitations d'une vétérinaire pour l'état
de santé de mes chiens sur le dernier check-point pour ma première course de longue distance ( j'aurais aimé finir avec 8 chiens sur 8 mais j'ai préféré en dropper un qui me
semblait trop fatigué pour faire la dernière étape qui est très longue, et qui m'aurait contraint à le mettre dans le traineau si il n'avait pas été en état de finir et nous aurait donc
considérablement ralenti . C'est une des choses à gérer dans ce genre de course de longue distance : partir avec un plus grand nombre de chiens étapes après étapes afin de garantir la
plus grande vitesse et le plus de puissance possible au risque de finalement se retrouver handicapé avec 1 ou 2 chiens dans le traineau si ceux-ci ne peuvent finir l'étape )
.
Je reste très déçu par mon classement final après la course qu'on a couru, mes amis et moi, mais avec le recul finalement plutôt satisfait de n'avoir pas abandonné devant la
difficulté sachant que 40 équipes sur les 2 distances ( 400 km et 600 km ) ont abandonné . L'avoir finie dans les conditions qui ont été les notres est plus
qu'honorable et le fait d'avoir été applaudi par tous ces mushers est une sorte de victoire pour moi .
Victoire que je dédicace ce soir aux deux femmes de ma vie : Annie, ma maman et Camille, ma fille .
Et rendez-vous une prochaine fois ... je connais les check-points maintenant, pas de soucis !!!!
